Les foyers d’Influenza aviaire se succèdent dans la zone réglementée dite de Saint-Connan. Ce secteur concentre de nombreux élevages de volailles de chair, de pondeuses mais aussi des couvoirs et des élevages de sélection.
Face à la succession d’épisodes d’Influenza aviaire depuis quelques semaines dans les Côtes d’Armor, l’inquiétude est grandissante pour tous les acteurs professionnels de la filière avicole comme pour les représentants de l’Administration. On peut même parler d’angoisse. Le département compte actuellement deux zones réglementées. Celle du secteur de Lannion semble « stabilisée » et tout le monde croise les doigts pour qu’elle le reste. En revanche, la zone dite de Saint-Connan est considérée comme « évolutive » au vu de l’enchaînement de cas détectés comme l’expliquent les responsables de la DDPP et, aujourd’hui, sans perspective dans le temps de levée des restrictions.
Nouveau dépeuplement à Saint-Péver
Suite à une cellule de crise en préfecture le vendredi précédent, la Chambre d’agriculture et la FDSEA 22 ont organisé, mardi 14 février, une réunion d’information à Plérin. Près de 200 personnes étaient présentes, symbole de la gravité de la situation et les échanges ont duré presque trois heures. La veille, un foyer dans un atelier de canards de Saint-Péver avait conduit à un nouveau dépeuplement. Cette commune fait partie de la zone réglementée de Saint-Connan s’étendant, en gros, entre Guingamp, Saint-Brieuc, Rostrenen et Guerlédan.
Avec pédagogie, Virshna Heng et Yann Villaggi, respectivement directeur par intérim et chef de service à la DPPP, ont expliqué et répondu aux questions de l’assemblée. « Face à de tels chantiers de dépeuplement, je me suis assuré de nos capacités d’équarrissage. J’ai demandé qu’une ligne de la SecAnim à Plouvara reste ouverte le week-end. Les services des autres départements bretons pourraient aussi, si nécessaire, être sollicités », a rassuré Virshna Heng.
Avec la désaisonnalisation de la maladie, d’abord vue comme hivernale, Yann Villaggi prévient qu’il va falloir apprendre à vivre avec ce risque continu. Il insiste sur l’importance de la « détection précoce pour éviter l’emballement épizootique » en étant attentif à tout signe en élevage, en ayant recours au diagnostic d’exclusion, en renforçant la surveillance grâce aux autocontrôles. Si les mesures de biosécurité sont primordiales, le spécialiste rappelle que « même bien appliquées », le risque zéro n’existe pas quand le virus est ainsi présent dans l’environnement. Toute entrée sur un élevage est une source potentielle de transmission : une livraison d’aliment, le retrait et le transport de palettes d’œufs… « Renforcez les moyens de désinfection aux abords de vos zones professionnelles. »
Protéger le pan de la sélection
Alors que les Côtes d’Armor fournissent près de 20 % des œufs français, la zone de Saint-Connan très concentrée en volaille, notamment en poules pondeuses, compte aussi des couvoirs et des élevages de reproduction. La menace pèse donc non seulement sur la fourniture actuelle d’œufs sur le marché mais également sur son avenir à court et moyen terme. « Effectivement, pour assurer la continuité de l’activité, la protection des élevages de sélection et des couvoirs est un défi particulier. Toutes les familles professionnelles doivent être sensibles les unes aux autres », a insisté Yann Villaggi. À ses côtés, Joël Limouzin, président de la Chambre d’agriculture de Vendée, témoignait du risque de conséquences durables : « Aujourd’hui, la disponibilité en canetons est encore limitée entre 20 et 30 % car l’Influenza a touché chez nous les ateliers abritant les grands parentaux dont dépend la filière reproduction. »