Des siècles durant, le blé a été le cœur battant de nos civilisations. Il a nourri les peuples, provoqué des révoltes, fait et défait des régimes. Famine de 1315, guerre des farines en 1775, pain hors de prix en 1789, pénurie après-guerre. Chaque crise alimentaire a marqué l’histoire de France dans la douleur et le sang.
Le blé, à travers le pain, est l’emblème immémorial de la nourriture. Depuis l’Antiquité, la régulation de cette denrée s’est imposée comme une nécessité, y compris dans les traditions bibliques. Aujourd’hui, dans une société sécularisée, ce n’est plus Jésus qui multiplie les pains, mais la Pac qui permet aux Européens de manger à leur faim.
L’abondance ne se décrète pas, elle se garantit
Pendant des siècles, les États ont tâtonné, oscillant entre contrôle des prix et libéralisation aveugle, impuissants face aux caprices du climat et aux pénuries. Puis ils ont compris que l’abondance ne se décrète pas, elle se garantit. De là est née une véritable politique agricole, bâtie sur des principes clairs : stocks stratégiques, soutien aux agriculteurs, régulation des prix. Résultat : la sécurité alimentaire est enfin devenue une réalité depuis 60 ans. Seulement 60 ans…
La Pac en Europe, comme le Farm Bill aux États-Unis, fait qu’on mange désormais à sa faim, tous les jours. Et pourtant, aujourd’hui, cette Pac est régulièrement attaquée. Trop coûteuse, trop interventionniste, trop protectrice… Faut-il rappeler que, sans elle, l’Europe ne serait qu’un marché livré aux aléas mondiaux. Que sans elle, nous reviendrions à ces époques où une mauvaise récolte suffisait à affamer des millions de personnes ou, désormais, conduirait à se soumettre à quelque autocrate sans scrupule.
On critique un système parce qu’il fonctionne trop bien, parce qu’il a rendu l’abondance si évidente qu’elle semble acquise à jamais. Mais l’histoire est là pour nous rappeler que rien ne l’est définitivement.