Dossier technique

Retour au pâturage sous la canopée photovoltaïque

L’installation d’une canopée photovoltaïque au-dessus de 3 ha de pâtures a permis de lancer une expérimentation pour mesurer l’incidence sur les animaux et la pousse de l’herbe en comparant avec les 6 ha de pâtures attenantes.

La vue aérienne d'une canopée photovoltaïque - Illustration Retour au pâturage sous la canopée photovoltaïque
Vue du ciel de la canopée photovoltaïque installée au-dessus d’une pâture.

Yoann Bizet est installé sur la commune de Souleuvre-en-Bocage (14) depuis 2004 sur une exploitation laitière et viande bovine. La production laitière est de 1,3 million de litres avec 140 vaches. Les 170 ha de SAU sont dédiés essentiellement à la production d’herbe avec un peu de maïs grain. Il n’y a pas du tout de maïs ensilage. « Nous avons aussi une unité de méthanisation en cogénération de 500 kW fonctionnant à 100 % avec des déchets, nous ne mettons aucune culture dans le digesteur. Nous valorisons 100 % de la chaleur notamment pour sécher entre 10 000 et 20 000 tonnes de céréales par an et pour sécher l’herbe qui sert à l’alimentation du troupeau », explique Yoann Bizet.

Les panneaux en position verticale dès qu’il pleut

L’éleveur investit depuis plusieurs années dans le photovoltaïque en toiture. Il va bientôt atteindre 1 MWc de puissance installée. Il y a 5 ans, Yoann Bizet a démarré avec la société TSE un projet d’agrivoltaïsme. L’idée était de pouvoir continuer à produire de l’herbe tout en produisant de l’électricité au-dessus des parcelles. « Il y a 15 ans, j’avais pris la décision de laisser mes vaches en stabulation pour une question de praticité mais sans changer la ration. Les problèmes récurrents de boiteries et la demande du client final qui souhaite que les vaches aillent dehors m’ont incité à revoir mon système. » Ce projet d’agrivoltaïsme a permis de faire ressortir les vaches au pâturage. La canopée photovoltaïque est installée sur 3 ha de pâtures. « En faisant sortir les vaches, nous allons solutionner nos problèmes de pattes. La canopée va générer de l’ombrage apportant du confort pour les vaches sur les périodes chaudes ce qui va aussi être positif sur la pousse et la qualité de l’herbe. »

La canopée va générer de l’ombrage apportant du confort pour les vaches.

La Chambre d’agriculture et l’Idele vont réaliser des relevés terrain grâce à une pâture témoin de 6 ha divisée en 6 paddocks située à côté de la canopée solaire qui est aussi divisée en 6 paddocks. Pour que la pâture profite de la pluie, l’installation se met en position verticale dès qu’il pleut. Les panneaux vont tourner pendant la journée afin de suivre la courbe du soleil pour produire à l’optimum.

Une repousse plus rapide et plus dense sous la canopée

Le fond prairial est unique sous la canopée et pour les pâtures témoin, ce sont pour 60 % des graminées (fétuque élevée, fléole des prés, RGA 2n, RGA 4n) et pour 40 % de légumineuses (trèfle blanc, trèfle hybride). Un suivi quotidien des performances sera effectué via le suivi d’élevage, les robots de traite et les podomètres. Un suivi annuel sera effectué 3 fois par an pour étudier le comportement des vaches. Concernant les pâtures, un suivi mensuel des rendements sera fait entre avril et octobre. Un bilan début et fin de saison permettra de suivre la composition floristique et les valeurs nutritionnelles. Enfin, un suivi en continu est assuré par les différents capteurs situés sur la canopée ou en dessous. Certains bénéfices sont attendus tel que la baisse du stress hydrique, thermique et oxydatif en évitant les extrêmes de températures. La canopée va augmenter l’ombrage et l’hygrométrie de l’air et du sol. Sur l’herbe une amélioration de la digestibilité est attendue via l’élongation des feuilles. L’amélioration des rendements de la prairie devrait se vérifier avec un sol plus humide sous la structure agrivoltaïque, moins de températures extrêmes, un rayonnement solaire limité entraînant une baisse au stress oxydatif et donc moins de jaunissement des feuilles. L’évolution des espèces et de la typologie des graminées fourragères va aussi être étudiée. Les premiers résultats sur la première fauche le 23 juillet 2024 sont sensiblement les mêmes avec 1,89 t de MS/ha pour la prairie témoin et 1,71 t de MS/ha sous la canopée solaire. Après la première fauche, la repousse est plus rapide et plus dense sous la canopée. La deuxième fauche effectuée le 28 août 2024 donne 0,77 t de MS/ha pour le témoin et 1,49 t de MS/ha sous la structure agrivoltaïque.

Nicolas Goualan

3 MWc de puissance au-dessus de la pâture

La canopée photovoltaïque est installée sur une structure métallique affichant 27 m de largeur entre chaque rangée de poteaux qui se dressent à 4 m de hauteur. Une rangée fait 0,5 ha, il y a donc 6 parcelles de 0,5 ha. L’objectif est de pouvoir passer facilement un engin agricole en dessous, l’herbe y a déjà été récoltée plusieurs fois à l’autochargeuse. L’installation solaire est raccordée au réseau électrique depuis avril 2024. L’éleveur n’est pas investisseur dans ce projet développé par la société TSE qui y voit un intérêt expérimental pour prouver la rentabilité et mettre en avant les bénéfices au niveau bien-être animal ainsi que les effets positifs sur la pousse et la qualité de l’herbe. La puissance installée est de 3 MWc avec environ 40 % d’emprise des panneaux sur la surface totale de 3 ha. L’investissement est de l’ordre de 4 millions d’euros et l’éleveur va percevoir un loyer annuel de 2 000 €/MW/an, soit autour de 6 000 €/an.


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