Filières céréales et oléoprotéagineux : Les cultures bio cherchent la voie

Surproduction et effondrement des prix en 2023, rendements en chute en 2024… La filière grandes cultures bio est malmenée.

Deux hommes grattent la terre après un semis de parcelle - Illustration Filières céréales et oléoprotéagineux : Les cultures bio cherchent la voie
© Paysan Breton - T. Dagorn

Pour la première fois, un recul des surfaces françaises en bio, « notamment en conversion », a été constaté, rapportait Clara Guéguen, animatrice à la Fédération régionale des agrobiologistes de Bretagne à la Prénessaye (22) fin février. Organisée par le réseau Gab – Frab, la rencontre invitait producteurs et collecteurs à échanger sur les difficultés de la filière grandes cultures bio. « Les emblavements en oléoprotéagineux en particulier ont été pas mal impactés. »

En 2024, recul de 53 % de la collecte de blé bio

Dans l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie), on parle de 18 % de surface en moins. « Après une croissance importante de 2016 à 2023 en France, la collecte a reculé en 2024 de 53 % en blé, 48 % en triticale, 33 % en orge et 11 % en maïs. » En une campagne, on est ainsi passé de la surproduction – « on parlait de surcharge de stock au printemps 2024 » – à un manque annoncé de céréales bio dans les prochains mois. « Face à ce retournement vers un stock assaini, il y a des échos d’importation de blé » pour répondre aux besoins de la meunerie et de la fabrication d’aliments.

« Or les autres pays en Europe ont aussi été touchés par les baisses de rendement, la demande globale risque de faire grimper les prix à l’import », reprenait Noémie Besserve d’Interbio Bretagne.

Que semer ?

Référent grandes cultures à la Frab, Pierre Rozé interrogeait les collecteurs : « Depuis trois ans, nous sommes malmenés avec des prix qui se sont effondrés et une météo pénalisante. Que doit-on emblaver et pour quel marché ? » Pour Vianney Clément, responsable achats matières premières bio à l’Ufab (groupe Le Gouessant), « le choix des cultures doit toujours se faire en fonction du secteur et du type de terre : on ne prendra pas les mêmes options à Châteaugiron (35) ou à Saint-Nicolas-du-Pélem (22). » Pour lui, il faut fuir les marchés de niche saturant très vite sans un débouché assuré. « En bio, il faut éviter la surproduction car le déclassement en conventionnel a un impact fort sur les prix. » Alors que les agriculteurs s’en détournent, Vianney Clément estime que les protéagineux ont un intérêt dans la rotation. « Ici, privilégier le pois protéagineux jaune ou le pois fourrager. » En céréales, il vote blé fourrager, orge et maïs. Mais pas pour l’avoine fourragère à la demande très limitée.

De la demande à l’avenir

Martin Renard, responsable commercial chez Agro Bio Pinault (groupe Eureden) rappelait que jusqu’en 2021, la demande de céréales bio était supérieure à l’offre, en découlaient des prix élevés favorables à tous. « On passe d’un extrême à l’autre. » Avant la « claque monumentale » sur les rendements en 2024 qui a vidé les silos beaucoup plus vite que prévu, « la surproduction de 2023 a été une catastrophe pour vous comme pour nous. » L’enjeu reste bien de semer ce dont on a besoin, insistait-il, et convertir la demande en tonnes en surfaces à semer. D’accord avec son confrère sur les cultures à implanter, Martin Renard recommandait aussi le colza dont les cours récents ont pourtant bien refroidi les producteurs. « Au Mené, les responsables de la jeune entreprise Elayon sont ambitieux. Ils triturent du bio et connaissent bien le marché de l’huile. La demande est forte et les tourteaux sont recherchés en alimentation animale ici. » Avant de partager sa vision : « La croissance à deux chiffres de 2010-2020, je n’y crois plus. Si on écoute les meuniers et fabricants d’aliment, nous allons vers un marché stabilisé à +1 à 2 % par an. » Chez Mongrain, négoce privé en bio, Anthony Baudrier poursuivait l’analyse : « Pour faire face aux contraintes de météo ou de marché, des éleveurs notamment changent de manière de produire pour gagner en autonomie : ils autoconsomment et augmentent leur surface en herbe. Ceux arrivant à la retraite ont du mal à transmettre en bio. Pour moi, il y aura des besoins en céréales bio », terminait-il.

Toma Dagorn

Des producteurs inquiets

Opinion – Pierre Rozé – Agriculteur à Essé et référent Frab

Historiquement, au Gaec, nous élevons des vaches allaitantes et depuis trois ans, nous développons les cultures : blé meunier, orge brassicole, triticale, féverole, maïs, tournesol, colza… En 2022, le colza bio se vendait par exemple 900 € / t contre 450 € en 2023. En un an, nous sommes passés d’un prix rémunérateur à un travail à perte. Dans la foulée, 2024 a été très compliquée du semis à la récolte : un climat humide, des rendements faibles et des prix bas. Même si la consommation bio redémarre doucement, les agriculteurs en grandes cultures qui viennent de traverser deux années de crise profondes sont très inquiets.


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