Dossier technique

Les pondeuses ont emménagé dans la stabulation

Ferme de la Chuplinais à Chavagne (35) - Martine Verger et Michel Kervarec ont transformé leur stabulation ‘vaches allaitantes’ en bâtiment pour les poules pondeuses. La coque a été préservée, de nombreux aménagements intérieurs ont été réalisés.

Les poules dans la stabulation réaménagée - Illustration Les pondeuses ont emménagé dans la stabulation
Tout l’intérieur de l’ancienne stabulation pour les bovins a été réaménagé. | © Paysan Breton

Michel Kervarec s’est installé sur la Ferme de la Chuplinais à Chavagne (35) en 2011, avec plusieurs ateliers d’élevage et de la vente directe (40 vaches allaitantes charolaises, poules pondeuses, poulets fermiers). « Un bâtiment bovin de 750 m2 (50 m x 15 m) avait été créé en 2012, comprenant une case pour les vaches et veaux et deux cases pour les génisses », précise l’agriculteur.

« Mais suite à l’explosion de la demande en volailles et œufs pendant le Covid, nous avons fait le choix d’arrêter les vaches allaitantes, tout en conservant la finition de génisses croisées lait – viande qui valorisent les parcelles non cultivables de la ferme, en prairies : 25 ha sur les 66 ha de SAU. En hiver, les bovins sont logés dans l’ancien bâtiment de la ferme datant des années 80 », détaille Michel Kervarec qui a été rejoint sur l’exploitation par sa compagne Martine Verger il y a quelques années.

Une rénovation deux fois moins chère que du neuf

« L’éventualité de créer un bâtiment neuf de poules pondeuses a été évoqué en 2020 mais les constructions étaient à l’arrêt et nous avons plutôt aménagé la stabulation des vaches allaitantes, avec du matériel d’occasion, pour y installer le premier lot de pondeuses. En 2021, un devis de bâtiment neuf annonçait un coût de 140 €/place, sans le centre de conditionnement. C’était trop cher par rapport à la moyenne de 60 € de l’époque en bio. »

Les bétons conservés

Pour l’arrivée du 2e lot de poules pondeuses, « nous avons plutôt fait le choix de transformer les 2/3 de la stabulation pour installer 1 600 places (potentiel actuel de 2 000 places). » La marche, le couloir d’alimentation et le muret ont été conservés et le sol en gravats et terre battue a été recouvert de béton. Des caillebotis ont été installés au-dessus du sol ainsi que des perchoirs. Des abreuvoirs automatiques à pipettes et des mangeoires avec chaîne d’alimentation ont été ajoutés ainsi que divers pondoirs d’occasion. Les poules ont accès à l’extérieur.

Sur les bardages existants, les aviculteurs ont déployé des bâches tissées permettant à la fois de limiter les courants d’air et de gérer la luminosité « qui est adaptée à chaque lot. Nous nous aidons d’une application dédiée. » S’agissant des coups de chaud, ils sont bien gérés dans ce bâtiment haut, et ventilé grâce aux bardages conservés dans la partie supérieure. Les 2 lots sont vidés alternativement tous les 15 mois. « Les fientes sont alors évacuées et tout le matériel est démonté, lavé, désinfecté… » La rénovation des 500 m² a représenté un coût de 70 000 €.

Une unité isolée pour le conditionnement

Par ailleurs, à côté du bâtiment, les éleveurs ont construit une unité reçue en kit (Algeco), précablée, qui sert au conditionnement et au stockage des œufs. La structure en panneaux sandwichs permet de maintenir la température à l’intérieur entre 10 et 22°C. En comptant les accès et la toiture qui protègent l’ensemble, l’investissement a été de 27 000 €. « Au global, la mise en place du nouvel atelier de pondeuses nous a coûté 60 €/place. »

« Au départ, nous avons été accompagnés par un éleveur en poules pondeuses bio grâce au dispositif ‘Maîtrise des pratiques’ proposé par Agrobio 35. Il venait sur l’élevage une demi-journée par mois pendant un an pour nous conseiller », notent les agriculteurs. Leurs résultats techniques et sanitaires sont équivalents à ceux obtenus dans des bâtiments classiques.

Agnès Cussonneau

Une offre diversifiée en circuits courts

En circuits courts dans un rayon de 20 km, Martine Verger et Michel Kervarec commercialisent des poulets, des œufs, des produits transformés (découpes, terrines, rillettes), des pommes de terre et des confitures (produites grâce aux fruitiers de la ferme). Ils comptent autour de 80 clients (cantines via le collectif Manger Bio 35, boulangeries, pâtisseries, restaurants, magasins), font deux marchés par semaine et approvisionnent un distributeur automatique. Ils produisent également des céréales, du chanvre, du colza et du blé noir. Dans la partie de la stabulation qui n’a pas été réaménagée (250 m2), des cellules de stockage vont être installées pour une meilleure valorisation des cultures.

Des diagnostics de reconception de ferme

Depuis un an et demi, Agrobio 35 teste un nouveau diagnostic visant à envisager différents scénarios de changement de production sur une exploitation qui va être à transmettre. « L’objectif est de conserver les systèmes bio en bio », explique David Roy, conseiller dans le groupement.« Nous sommes partis du constat que beaucoup de ces fermes, en bio, étaient en production bovin lait, notamment sur l’Ille-et-Vilaine. Si des porteurs de projet envisagent ce type de production, cela ne répondra pas à toutes les transmissions à venir. Certains envisagent des productions différentes ou des installations collectives, en forte hausse sur 2 ans. »Baptisé ‘Bio Renfort’, le diagnostic permet d’envisager jusqu’à 3 types de projets sur une ferme qui va être cédée dans quelques années, avec une cohérence technique et économique. « Nous analysons le parcellaire, la surface accessible, la qualité des sols, les dimensions des bâtiments, leur positionnement, la réglementation qui s’impose à proximité (habitations…), les possibilités de circulation… Une approche de la rentabilité des projets en circuits longs et courts est faite. »« Dans un bâtiment bovin lait, nous avons par exemple regardé si un couloir central pouvait être mis en place pour des ovins ou des caprins. » Le diagnostic a été testé sur quelques fermes et va désormais être déployé. Plus globalement, « cela permet aux cédants d’avoir moins de freins, de s’ouvrir à de nouvelles possibilités. »


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