Éleveur laitier, Jonathan Sablé fait du « son » pour avoir des dons

Á la vie Seul sur sa ferme laitière, Jonathan Sablé, 33 ans, a fait le choix de concilier la vie de chef d’exploitation avec un engagement sociétal fort : aider à renforcer les rangs des « Veilleurs de vie » grâce à l’association Réveille Ta Moelle.

Jonathan Sablé avec Saturne, la vache mascotte de son troupeau - Illustration Éleveur laitier, Jonathan Sablé fait du « son » pour avoir des dons
Jonathan Sablé avec Saturne, mascotte de son troupeau. « J’ai su trouver un équilibre entre mon activité d’agriculteur bio et celle de coordinateur d’une association contribuant activement à sauver des vies ».

« Un jour, on a reçu un mail de Julien (prénom d’emprunt). Malade, il était venu à la première édition de notre évènement musical. Le texte disait : ‘‘Même si je n’ai pas pu encore bénéficier d’une greffe, j’aurais au moins passé un bon moment avec vous’’. Julien a fini par trouver un donneur… et peut-être grâce à nous. C’est ce genre de message qui vous fait continuer ! ».

Logique. Mais peut-on poursuivre un engagement associatif si intense quand on s’apprête à reprendre seul une ferme laitière ? Jonathan Sablé l’a fait. Mieux, il considère aujourd’hui que cet engagement l’aide à être plus performant.

Plutôt qu’une contrainte, je le vis comme un challenge

« J’ai cofondé Réveille Ta Moelle – RTM – en 2019. Notre but est d’organiser chaque année un évènement festif à Rennes pour inscrire de nouveaux donneurs volontaires de moelle osseuse. Appelés ‘‘Veilleurs de vie’’, ils permettent de sauver des personnes atteintes de maladies du sang. Le problème n’est pas de les greffer, mais bien de leur trouver un donneur compatible. Un frère ou une sœur ont une chance sur quatre de l’être. Un veilleur : une sur un million ! Pour augmenter les chances de sauver des vies, il faut donc augmenter le nombre de donneurs volontaires.

Ouvrons la barrière

Au départ, avec quelques personnes motivées, on cherchait en vain à faire venir à nous des jeunes de 18 à 35 ans pour les sensibiliser à cette cause. Jusqu’à ce que l’un de nous propose : ‘‘et si on organisait une fête électro’’… C’était parti ! »

Résultat : la première d’RTM en mars 2019 sur le campus de Rennes 2 est un succès : 379 nouveaux Veilleurs sont inscrits par l’Etablissement Français du Sang.

Parallèlement, en septembre de la même année, Jonathan s’installe aux portes de Rennes. Fils d’éleveurs laitiers conventionnels, il ne se destinait pourtant pas à ce métier dont il connaissait les exigences. Après avoir occupé des fonctions commerciales en coopératives agricoles (conciliables avec son engagement associatif), il intègre en 2018, comme salarié, un élevage bio et y découvre les avantages du système herbager : « Les deux exploitants consacraient beaucoup de temps à leurs engagements humanitaires et la ferme était rentable. Alors l’envie de m’installer m’est venue. J’ai posé trois conditions : reprendre une exploitation près de Rennes, qu’elle soit déjà en bio et qu’elle dispose d’un parcellaire groupé directement accessible ».

Jonathan trouve sa perle rare à Clayes et y duplique le modèle de ses ex-patrons : « En système pâturant, du 1er mars au 30 octobre, j’ouvre la barrière et mes vaches ont à manger. Vêlages groupés, vaches nourrices, bâtiment hyper efficient : mes choix techniques me libèrent du temps ».

Ainsi, chaque vendredi de 10 h à 17 h, Jonathan passe sa journée à Rennes en mode RTM : « Ce fonctionnement m’impose d’être hyperrigoureux sur le temps de travail et d’avoir des partenaires fiables, du garagiste à la Cuma. Mais au final, plutôt qu’une contrainte, je le vis comme un challenge. Je me sens pleinement utile à la société. Tout cela met du relief dans ma vie ».

Pierre-Yves Jouyaux

Repères : Réveille Ta Moelle ; En France, 2 500 personnes sont en attente d’une greffe pour 400 000 donneurs volontaires. Insuffisant : on compte 9 millions de donneurs en Allemagne d’où viennent 80 % des greffes.

En savoir + : reveilletamoelle.fr ou 06 28 72 50 83 – Prochain Open-air festival Réveille ta Moelle : 3 mai Parc St-Cyr Rennes

Un don simple et indolore

« Pour pouvoir donner sa moelle osseuse, explique Jonathan Sablé, il faut être âgé de 18 à 35 ans, être en bonne santé, consentant et accepter le principe d’anonymat et de gratuité du don. Le protocole est simple : d’abord répondre à un questionnaire puis faire un prélèvement salivaire pour établir une fiche d’identité biologique déterminant la compatibilité du donneur volontaire et de l’éventuel receveur. En moyenne, on attend huit ans avant d’être appelé. Peu de gens le savent, mais dans 80 % des cas, le don est indolore. Il s’agit d’un prélèvement de cellules souches dans le sang. Pas d’incision, pas d’anesthésie, par contre c’est plus long qu’un don de sang classique. L’inscription sur le fichier des donneurs peut aussi se faire à domicile. Vous recevez un kit comprenant questionnaire et test salivaire ».Et Jonathan de conclure : « Si vous ne remplissez pas ou plus les conditions pour devenir ‘‘Veilleur de vie’’, vous pouvez quand même être acteur de la cause en en parlant à vos enfants, vos proches ou en faisant un don à l’association ».


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